Penseur
Bernard Stiegler
Stiegler part d'une idée forte : il n'y a pas d'humanité sans technique, parce que notre mémoire elle-même s'extériorise dans des supports, de la pierre taillée au smartphone. Ces supports sont des pharmaka, à la fois remèdes et poisons.
De là vient sa critique de l'économie de l'attention et son appel à prendre soin de nos facultés. Sa pensée est exigeante et inquiète, mais elle refuse le fatalisme : ce qui nous détruit peut aussi, autrement organisé, nous permettre de vivre mieux.
Bernard Stiegler, le cours complet
La technique comme mémoire extériorisée, le pharmakon, l'économie de l'attention, la prolétarisation des savoirs et le soin à en prendre.
Articles
5 textesL'Anthropocène et le Néganthropocène
On appelle Anthropocène l'ère où l'humain est devenu une force géologique. Stiegler la relit comme l'ère de l'entropie généralisée, qui dissipe l'énergie, le vivant et le savoir. Le Néganthropocène n'est pas une prédiction rassurante : c'est un projet, un autre âge à inventer, où la technique servirait enfin à différer le désordre plutôt qu'à l'accélérer.
La prolétarisation
Stiegler reprend un mot de Marx et le déplace : être prolétarisé, ce n'est pas d'abord s'appauvrir, c'est perdre son savoir. Le geste de l'ouvrier passe dans la machine, puis le savoir-vivre du consommateur dans le marketing, puis le savoir théorique lui-même dans les algorithmes. Une même mécanique, à trois étages.
La rétention tertiaire
Husserl avait montré que toute perception est déjà tissée de mémoire. Stiegler ajoute une troisième mémoire, déposée hors de nous dans les supports techniques : la rétention tertiaire. Loin d'être un simple stockage, elle conditionne ce que nous percevons et ce que nous attendons.
Le défaut d'origine
L'homme naît d'un oubli. Avant de raisonner, avant de parler, il est cet être démuni que rien ne prédestine et que la technique seule équipe. Stiegler relit un vieux mythe grec pour en tirer une définition vertigineuse de l'humain.
Le pharmakon
Toute technique est à la fois remède et poison. Stiegler fait de ce vieux mot grec la clé de toute son œuvre : ni diaboliser l'écriture, le livre, le numérique, ni les idolâtrer, mais apprendre à en cultiver le côté soin. C'est l'enjeu, aujourd'hui, de notre attention.
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